Entretien avec Anne Guenand – la Gazette des Communes
En France, notre société souffre de l’isolement des personnes empêchées, que ce soit par l’âge, la santé, le handicap ou la fracture sociale, et la prise en charge médicosociale bien qu’efficace et techniquement au point, laisse peu d’opportunité d’action quand la personne est seule.
Nous pensons que des solutions associant territoires, associations, entreprises de l’ESS et particuliers peuvent contribuer à la prévention de cet isolement coûteux pour la société.
Mutualiser la prévention de l’isolement des personnes en perte d’autonomie par l’ensemble des acteurs et rendre possible la coordination des actions par les municipalités, dans le sens qu’elles jugent prioritaires, est une solution qui fonctionne. Elle s’appuie sur la confiance en nos élus locaux et notre mission est de les aider à définir une politique sociale composante de l’attractivité de leur territoire, l’objectif pour elles étant de garder la main sur leurs compétences, toujours au plus près de leurs administrés tout en ayant une réflexion solide et une action pérenne sur le financement et la mutualisation des actions.
Nous avons questionné la pratique du bénévolat telle qu’elle existe et se reconfigure via l’usage du numérique. Notre centre d’attention n’est pas la technique, mais l’expérience vécue par les personnes sur le terrain à travers le numérique, de sorte à contribuer à l’élaboration du cahier des charges techniques des besoins exprimés, pour cela nous nous intéressons aux questions fondamentales de la vie, qui nous sont revenues en face pendant les confinements :
- Comment être attentif à ce qui se vit dans mon quartier et ce à quoi je n’ai pas accès physiquement ?
- Ma volonté de participer n’est elle pas modifiée par l’outil permettant d’assurer le lien avec des bénéficiaires potentiels ? Comment percevoir la volonté d’accueillir mon aide ?
- Comment oser demander, une visite, un service ? Si les rencontres physiques fortuites se font plus rares, comment faire confiance à la volonté d’autrui de m’aider, de me donner de son temps ?
- Comment accorder ma confiance ?
Ces questions sont à l’origine de ce qui fait société aujourd’hui.
Et les conditions de l’engagement d’un citoyen dans une relation de proximité et de confiance avec son prochain peuvent être inscrites dans le cahier des charges des dispositifs mixant technique et humain, cette contribution, nous la proposons pour le bien commun.
Anne Guénand, Enseignante – Chercheure à l’Université de Technologie de Compiègne, fondatrice de Bip Pop.
Dans la revue Territoires du social – Avril 2021 – Numéro 517 – P24
