Discours d’Anne Guénand lors de la cérémonie de remise de la médaille de  Chevalier de l’Ordre du Mérite par Madame Nadège Lefebvre, présidente du Conseil départemental de l’Oise, le 24 novembre 2021.

 

« Monsieur le député, Madame la présidente, Monsieur le sous-Préfet de Compiègne, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames Messieurs, chers collègues, chers amis, chère famille.

 

Avant toute chose, je dois reconnaitre que lorsque j’ai reçu la lettre de la part d’Edouard Philippe, alors premier ministre, indiquant ma nomination par un décret présidentiel, j’ai été particulièrement surprise. Je souhaite remercier Monsieur Ghyslain Chatel, ancien sous-préfet de Compiègne qui ne peut-être parmi nous aujourd’hui mais qui est à l’initiative de cette démarche, et je souhaite vous remercier, Madame la Présidente, d’avoir accepté de me remettre cette haute distinction, recevoir cet insigne de votre main est un honneur et une fierté, le département de l’Oise a joué un rôle particulièrement décisif dans la récente histoire de Bip Pop, en accordant sa confiance dès l’année de sa création en 2017. Et puis au delà du symbole que représente l’Ordre National du Mérite, si bien présenté par Monsieur Gouspy que je remercie tout particulièrement de s’être déplacé de loin ce soir, Madame la Présidente, je suis fière de recevoir cet insigne de la part d’une femme, et en tant que femme je mesure cette chance, qui m’amène à mesurer le chemin parcouru par nous toutes mais aussi l’étendue du chemin qu’il reste à parcourir. Mais ce ne sera pas mon propos ce soir.

 

Mes pensées vont aujourd’hui à vous tous qui avez contribué, de près ou de loin, à la réalisation de ce projet Bip Pop, et oui nous allons en parler, c’est une aventure.

 

Je pense d’abord à ma famille, ma maman, qui m’a donné le goût des autres et la saveur des mots, maman toi qui nous suit depuis ton lit d’hôpital, je te souhaite un prompt rétablissement avec ton cœur tout neuf. Papa, qui nous regarde de là-haut, tu m’as transmis la passion indéboulonnable de la technique sous toutes ses formes, et le goût de réaliser, j’ai appris que du rêve à la réalité il y a la place d’une main, voire de deux mains, mais pas de gauche. Je pense à ma sœur qui a accompagné mes années de jeunesse, et donc ces années d’aujourd’hui, nos projets sans limite sont aussi le socle de ce que je suis aujourd’hui et je t’en remercie, j’espère que tu m’entends à 6.000 km d’ici.

 

Je pense à mes enfants, Emile, qui a choisi la voie … du son qui te va si bien, déjà à 3 ans tu avais la maitrise du TaiKo à la crèche de notre quartier de Matsushiro au Japon. Agathe toi, c’est l’architecture d’intérieur, à 11 ans tu prenais en charge la peinture de ta chambre du sol au plafond avec un budget que nous te donnions, tes frères en ont bien profité aussi. Paul, j’espère que tes études en ingénierie de la Santé ne vont pas t’éloigner de l’alimentation et des bons petits plats que toi seul sais concocter depuis ton plus jeune âge, et depuis le stage de 3ème que tu as passé auprès de Claire Rossi, au sein de sa plateforme technologique en Science des Aliments à l’UTC, Claire, tu es parmi nous ce soir, je t’en remercie encore aujourd’hui.

 

Je remercie aussi Jérôme, mon mari qui me soutient depuis près de 30 ans, et ça c’est un challenge en soi. Jérôme je te remercie, les soirées de travail, les week-ends de dossiers à finir, les vacances où chouette j’ai le temps d’un nouveau prototype, les semaines en apnée, tu connais, bravo pour l’oxygène que tu es.

 

Je pense aussi à vous, mes chers collègues de l’UTC, l’aventure de la Jeune Equipe « Conception et Qualité des Produits et des Processus » puis de l’équipe ODIC, avec Zohra et Benoît aux commandes, qui avez porté à bout de bras la recherche transdisciplinaire dont relève le design et la qualité, merci à tous les deux de votre ouverture d’esprit, de votre capacité à vous intéresser à la part subjective du besoin dont je m’étais faite porte-parole. Cette équipe m’a encouragée dans ma recherche en design, il a été question d’objectiver le subjectif, merci Zyed de ta théorie des Expertons que nous avons appliquée au design des téléphones mobiles ! Merci à toi Thierry, exposer nos résultats de recherche à plusieurs reprises au Japon et en Chine, l’aventure humaine a teinté d’une couleur indélébile l’aventure scientifique. En Finlande enfin, Charles, Indira, Olivier, où nous sommes partis défendre « Les fondements du design pour une expérience utilisateur unique». Vous m’avez encouragée à accepter l’organisation du congrès international « Designing Pleasurable Product and Processes » qui aura lieu 2 ans plus tard avec plus de 200 chercheurs et designers de plus de 30 nationalités à Compiègne. Aboutissant à l’édition d’un livre, Benoit, quelle aventure, Ton incontournable rigueur de la virgule a croisé au sommet la vigueur des concepts, et nous a donné quelques sueurs froides, je t’en sais grée encore aujourd’hui.

 

Ce que j’ai remarqué, Barbara, tu le dis souvent, c’est qu’à chaque fois que l’on fait quelque chose en étant vraiment impliqué, on en sort transformé, on n’est plus à la même place.

 

C’est ainsi que le glissement a eu lieu, et j’ai changé d’équipe pour rejoindre COSTECH, le laboratoire des Sciences Humaines de l’UTC dans lequel j’ai laissé quelques certitudes de côté pour apprendre à questionner. Merci Xavier de ton accueil. Le master de Design d’Expérience Utilisateur et le partenariat avec l’Ecole Supérieure de design d’Amiens s’est renforcé chaque jour d’une vision commune, Charles, Olivier, Indira, Barbara, Pierre que ces années ont été exaltantes, ces années de recherche à vos côtés ont nourri une soif de faire, autant que de comprendre, et cela encore aujourd’hui. Merci à Sylvie et Chimène de votre soutien.

C’est d’ailleurs la devise du laboratoire Costech « Faire pour comprendre et comprendre pour faire » au sein d’une université qui « donne un sens à l’innovation ».

 

Au laboratoire Costech, les lundis matins ouvrent une fenêtre sur un monde où l’on peut côtoyer Saint Augustin, Aristote, Thomas d’Aquin, ou Bernard Stiegler qui nous a quittés il y a un an déjà, et qui nous donne accès par son ouvrage « La Technique et le Temps » à la manière dont la conscience fonctionne, tel un flux cinématographique où nous sommes à la fois les réalisateurs et les monteurs. Je fais le lien avec les techniques d’enregistrements des récits, les flux sans fin de facebook, instagram et autres réseaux sociaux, fins connaisseurs de ces leviers, qui captent notre conscience dans un flux duquel il est difficile de s’extraire, en perdant même la notion du temps. Or le temps c’est ce que l’on fait advenir par un couplage avec le monde, si l’on ne fait rien il n’y a pas de temps.

 

Jean-Marc, j’ai appris ce que tu dis très bien, la science avant toute chose, la pensée à partir de la science et la croyance ensuite, chacun se forgeant son intime conviction, mais avant tout s’appuyer sur des connaissances scientifiques.

 

Je suis depuis mon enfance mobilisée par le sentiment de justice et d’équité. Et je pense à Spinoza, dont je retiens une leçon que je vous partage ici « ce n’est pas parce qu’une chose est bonne que nous la désirons, c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne ». Je pourrai dire « Ce n’est pas parce que la justice est bonne en soi que je la désire, mais parce que je la désire ardemment que je l’estime bonne ». Et, il y a de cela dans Bip Pop.

 

J’ai toujours considéré le design comme une manière de répondre aux besoins de tous, en incluant les personnes en difficulté ou en situation de handicap – on a tous une forme ou une autre de handicap quand on se compare aux autres – mon travail est de concevoir des systèmes en tenant compte des contraintes les plus fortes de quelques-uns, de faire en sorte que ces systèmes soient utile à beaucoup, et finalement qu’il soient utilisés par tous.

 

Une des techniques pour rendre désirable un objet dans la durée est de le laisser ouvert, d’en faire un instrument qui s’adapte à l’évolution des compétences cognitives et physiques de la personne de sorte à l’accompagner dans sa progression. Difficile de lâcher ses vieux skis avec lesquels on a gravi des montagnes, ou le skiff avec lequel on fait corps sous le pont Solférino, ou encore le couteau à huîtres qui reprend du service et avec lequel on fait mouche sans une écaille la saison revenue ! C’est un métier de concevoir un objet pour des situations connues, et ce métier évolue quand il s’agit de désigner les conditions d’une expérience particulière, voire d’une expérience unique et nouvelle. On ne design plus seulement l’objet mais les conditions de sa saisie dans un contexte donné.

 

La manière dont, en tant que designer, je vais donner à percevoir le champ des possibles offert par un objet est une des facettes du design, c’est le design de la partie visible, qui aujourd’hui encore représente une grande partie de l’activité. Ce qui m’intéresse depuis quelques années maintenant, c’est le design de la partie invisible de l’objet, celui de sa saisie, c’est à dire du moment où il disparaît de notre conscience et qu’il est  incorporé, comme le stylo avec lequel j’ai écrit ces lignes qui m’est invisible au moment où j’écris, alors en prise avec ma pensée,

… c’est ce moment qui m’intéresse c’est le design de l’expérience, ou le design des conditions d’une expérience. Et on arrive au numérique.

 

Et je vais citer ces quelques projets qui sont les prémisses de Bip Pop, Linkmeup, dispositif de mise en relation d’experts lors de conférences scientifiques basé sur le principe de « les amis de mes amis sont mes amis » et qui produit en temps réel un carnet de bal et de rencontres de chaque participant. Poussetazic devenu The Juke, un jukebox collectif permettant de reconfigurer les rôles des convives lors de soirées dansantes, et donnant à chacun la possibilité de prendre littéralement la main sur l’ambiance musicale en poussant un anneau le long d’un axe, indexant le choix du BPM à la vitesse du geste.

Urbitouch, SensoTouch, Sensoring, et j’en passe, Nathalie, Jean-Marc, Christine, je pense à vous qui les avez quasiment tous eus dans les mains, vous les avez testés,  appréhendés,  étudiés sous l’angle de leur potentialité, de leur qualité perçue, de leur possibilité de mise en projets, que vous en soyez ici remerciés, ces prototypes ont permis de comprendre l’importance de designer les modalités d’action en même temps que les modalités de perception, percevoir c’est pouvoir agir, et designer c’est encapaciter, c’est donner de l’« empowerment ». Eric, tu les connais aussi, ces objets d’accessibilité pour les personnes  en situation de handicap, ils sont devenus les petits pains au chocolat de la boulangerie Sensovery, et ta présence, outre ta passion sans faille pour la micro-mécanique des fluides stupéfiants et de l’électronique, est un précieux réconfort. Merci à toi aussi Guy d’avoir prêté ton talent et ton équipe CVM pour 2 minutes de vidéo juste parfaites !

 

Aujourd’hui ce qui m’intéresse c’est de repérer les contraintes, les difficultés voire les handicaps, et par le prisme de la technique offrir une opportunité de faire malgré tout, d’agir, avec cette béquille que représente la technique, comme suppléance et non substitution, et qui n’a pas pour objet de faire plus, ni de faire mieux, mais de faire en se sentant capable de faire et ainsi d’exister.

 

Car c’est un matin de janvier 2015 que tout a basculé, renversée par une voiture alors que je me trouvais sur un passage piéton dans le parking bruyant de l’aéroport CDG, j’ai passé plusieurs mois alitée, la jambe tendue sans pouvoir bouger et je me souviens ne pas avoir une seule fois osé demander à mes voisines Fanny et Marie-Anne, ici présentes, l’aide que pourtant elles me proposaient. Que vous en soyez toutes deux remerciées, il y a des accès que l’on ne trouve qu’en position de fragilité, de faiblesse, de vulnérabilité avec certainement une capacité d’écoute et d’accueil exacerbées. De cette faille a jailli la lumière, j’ai pris conscience, grâce à cet écueil, non seulement de la fragilité de l’existence et du miracle d’exister, car comme dit André Compte Sponville, il pourrait n’y avoir « rien », mais j’ai aussi gagné en intime conviction : la manière dont nous construisons du sens individuellement et collectivement dans nos situations ordinaires d’interactions est directement liée à notre condition corporelle.

Dans quelles situations, le fait de demander à la cantonade est plus facile que de s’adresser à quelqu’un en particulier ? Comment être attentif à ce qui se vit dans mon quartier alors que je n’y ai pas accès physiquement ? Comment oser demander, une visite, de l’aide, ou inversement comment percevoir la volonté d’autrui d’accueillir mon aide ? Et si les rencontres physiques fortuites se font plus rares, comment accorder sa confiance à autrui ?

 

Ces questions ont été à l’origine de mon échange avec le club Soiron de Compiègne, représenté aujourd’hui par Françoise Giméno, et à l’époque par Nadine Declein, que vous en soyez ici remerciées. Les échanges, les tests des prototypes, les ateliers ont permis de « comprendre pour faire », et de « faire pour comprendre » ce qui a constitué le socle de ce qui est devenu Bip Pop, un dispositif de mise en relation de personnes qui ont besoin d’aide avec des personnes qui ont envie d’aider.

 

Quel plaisir de vivre ces révélations quotidiennes, ces moments de vie où l’on se sent relié à autrui, à une autre humanité. Ce que je remarque c’est justement, la beauté du chemin, le caractère merveilleux de se prêter à l’imprévu de la rencontre avec une autre humanité et cela, je l’ai vécu au sein du club Soiron. Au fond, toute action devient prétexte à la relation, alors j’ai décidé de donner à agir ! Je remercie France, Odile, Jean, Hubert, Jean-Jacques, Philippe et tous les autres pour ce que vous êtes, et la douceur de notre relation.

 

Arrive alors le prototype fonctionnel, développé par un informaticien de Sensovery dès 2015, proposé en test à la ville de Compiègne qui l’a immédiatement intégré, je remercie ici Monsieur le Maire Philippe Marini, représentée par Sophie Schwarz ici présente pour leur compréhension fine dès l’origine de la visée du projet. Déployé dès 2017 sur plusieurs villes du département et dès 2018 sur 14 des 15 CSR de l’Oise, la dynamique est lancée, je remercie vivement Véronique Vincent du département de l’Oise et Michel Foubert de la région Hauts-de-France pour votre soutien sans faille depuis 5 ans.

 

Il y a le contenu, notre mission, notre stratégie, notre développement et le contenant, tout cela est possible aussi parce que le Compiégnois a su mettre en place un écosystème local d’innovation dans lequel l’UTC, l’agglomération, le tissu industriel, les acteurs d’accompagnement et de soutien s’articulent pour permettre l’émergence et le développement d’idées et leur transformation.

 

Je dois expliquer la force de cet éco-système local d’innovation que nous avons la chance de compter sur notre territoire, favorisant l’émergence des POC, Proofs of concepts, et leur intégration dans le vrai monde.

Je souhaite te remercier Chloé, bravo pour ce que tu fais du parc technologique, un lieu d’éclosion des innovations et d’échanges fertiles, avec ton équipe Thérèse et Corinne. C’est ici que j’ai rencontré Michel, alors que la société SENS faisait palier commun avec Sensovery au 1er étage, puis Olivier, tu as challengé le concept, je me souviens de ce jour de mai 2016 où tous les 3 nous discutions du modèle, ferraillant, argumentant, admettant, puis nous accordant, tu as sollicité Jérôme, et Laurent, et Cyrille, rencontré à plusieurs reprises lors de comités régionaux de création d’entreprise, et vous avez tous répondu présents. Thierry tu as aussi joué une belle partition dans cet écosystème via le réseau du Rotary et d’AXA, Sylvie et Agathe dans votre engagement au service de l’innovation à l’UTC, Martine au service des réseaux professionnels, Marc-Antoine tu as visé juste avec le concours des Racines et Des Pousses, en mettant en lumière des innovations du territoire au service du bien commun, Didier, mon super coach lors du concours Ashoka 2016 où nous avons été lauréats, je te remercie de ta présence à mes côtés depuis, Christelle, experte dans l’art de compter, tu m’as fait aimer Excel, véridique, et pas que, merci Christelle de tes conseils et de ton professionnalisme. Frédéric, nous nous voyons chaque semaine depuis deux ans en pensant que c’est juste pour quelques semaines, merci de votre professionnalisme et de votre compétence ! Etienne, mon patron miroir, que n’as tu pas entendu ! J’ai découvert avec toi l’art de passer du rôle de femme-orchestre qui peut tout faire, au rôle de femme chef-d’orchestre, qui travaille avec des personnes toutes plus expertes que moi chacune dans leur domaine. C’est une profonde transformation qui se vit dans la solitude, et grâce à toi, j’ai pu la vivre accompagnée. Pour tout cela, je vous remercie du fond du cœur, l’aventure ne serait tout simplement pas ce qu’elle est, sans vous.

 

Je souhaite également remercier la Direccte de l’Oise, Bruno Hannotte et Guy Carpentier, l’Apave et le label HS2 représenté par Didier Gaston.

 

Vient également le moment de vous remercier mes amis Christelle et Eric, Romain et Malo, Emmanuelle et Christophe, Françoise et Charles, Emily et Michel, Laurence et Vincent, Chléa et Arnaud, Véronique, Pierre, Ania, Michel, Fred, Isa, Elisabeth et Etienne, Fred de Cayenne, Céline et Catherine : ) Et mes amis d’adolescence fidèles Isa qui a fait le chemin depuis le Dauphiné, et Philippe depuis Marseille, ainsi que mes amis du DESS design Emmanuel et Pierre, mon amie d’aventure à Montagneux Sandrine, vous tous avec qui j’ai la chance de partager ces instants de vie, et qui font qu’à chaque fois le temps est suspendu, parfois de façon impromptue, parfois de façon plus convenue, vous le savez, notre lien fait naitre une part insoupçonnée de vie à chacune de nos rencontres, je vous adresse ma profonde gratitude et je sais aussi que lorsque la vie m’a éloigné du rivage, vous êtes restés les pieds plantés dans l’eau à attendre que le courant me ramène.

 

L’aventure ne serait rien non plus sans toi, Sandrine, qui avant tout as le goût des autres chevillé au corps, la sensibilité aiguisée et la vivacité d’esprit autant que le métier pour mener à bien le développement de l’activité de Bip Pop, Fabrice, tu es le salarié de la première heure, tu as vu pivoter l’entreprise à plusieurs reprises et à chaque fois tu as su t’y adapter avec le même enthousiasme, Tommy, le plus jeune élu que je connaisse et dont le sens du collectif et la rigueur de pensée vous feront devenir un pilier de notre activité sur le terrain, Julien qui vient de rejoindre l’équipe il y a à peine un mois, courage ! pas évident de prendre tes marques dans cette période si chargée, vous tous qui représentez Bip Pop, Elie, les 2 Marion, Zeneb, Claire qui ne peuvent pas être avec nous ce soir, votre enthousiasme me réchauffe le cœur, votre engagement pour la cause des aînés et des territoires donne de la force à mon propre engagement, et me donne bon espoir que le monde se construit ensemble chaque jour un peu mieux. Un grand merci et un immense bravo !

 

Rapprocher entre eux les différents acteurs d’un écosystème est la clé de voûte pour transformer les sociétés. La chose est connue. Pour autant, elle est généralement difficile à mettre en œuvre. Afin d’accélérer le mouvement, Bip Pop s’est fixé pour objectif de mettre en relation les citoyens engagés, les grandes associations et les entreprises engagées dans la RSE avec les collectivités, pour les aider à faire société ensemble. Un pari gagnant à l’échelle d’un bassin de vie, et un bassin, en physiologie c’est ce qui engendre la vie, je pense qu’en démocratie aussi.

 

Je ne veux plus pointer du doigt les problématiques sans mettre en lumière des solutions ! Oui 1,2 millions de personnes âgées isolées avant la crise sanitaire, et plus de 3 millions aujourd’hui, …les personnes âgées des secteurs ruraux sont les plus impactées, triple peine puisque les enfants vivent en moyenne à plus de 260 km de leur parents âgés, puisque les solidarités de voisinage existent mais ne suffisent plus à assurer le lien social de proximité et puisque les associations bien qu’actives, peinent à engager de nouveaux bénévoles et ne peuvent pas assurer cette cohésion sociale à elles seules.

Et des solutions existent, comme le dispositif Bip Pop, à la fois numérique et physique, par son accompagnement opérationnel et stratégique sur le terrain.

 

L’expérience de la situation sanitaire représente une chance à saisir pour comprendre les ressorts de notre humanité dans le monde d’aujourd’hui, l’engagement bénévole qui a augmenté de plus de 400% sur certains territoires montre une réelle quête de sens, un besoin d’alignement de ses propres valeurs et actions avec le monde que l’on habite ici et maintenant. Ce mouvement collectif ouvre un monde plus solidaire et inclusif dans lequel chacun a sa part et peut se faire confiance, ce projet accompagne une nouvelle économie de la proximité, incluant les citoyens, les associations et les acteurs de l’ESS.

 

Aujourd’hui, je vous parle donc de Bip Pop, le dispositif a évolué pendant ces 5 années, il couvre en marque blanche plus de 1000 communes sur plus de 10 départements, Bip Pop met en relation 7000 personnes sur les territoires, en majorité dans la ruralité. Nous visons 30 000 personnes aidées dans les 3 ans et 100 000 avec l’action conjointe de nos partenaires de Make.org, de JeVeuxAider.gouv et de la France S’Engage dont nous sommes lauréats 2020, merci Bertrand Brassens de ta présence ce soir.

La plateforme Bip Pop est une innovation de l’économie de la fonctionnalité : elle permet à des collectivités de prendre en main de façon pérenne l’engagement citoyen et la coordination de leur bénévolat dédié à la prévention de l’isolement lié à la perte d’autonomie.

C’est aussi une innovation sociale : elle permet à des particuliers de s’engager dans un bénévolat à la carte et sécurisé, alors qu’ils sont parfois frileux à l’idée de rejoindre une association qui leur donne a priori le sentiment d’un fil à la patte, s’engager via Bip Pop est une étape vers ces associations qui les accueille, les accompagne. Il nous faut comprendre que les retraités qui constituent la majorité des bénévoles expriment le besoin de voyager, de s’occuper des petits enfants et de ne pas devoir vivre la contrainte d’être présents chaque semaine sur une même action.

Bip Pop est aussi une innovation d’usage, elle permet de modifier dans la durée les scénarios du quotidien des personnes en perte d’autonomie et les amène à peu à peu ré-intégrer un tissu social dynamisant, stimulant, qui leur donne de nouveau une motivation à se prendre en main plus longtemps et leur permet d’allonger ces années de vie en bonne santé à la maison, situation souhaitée par plus de 85% de nos concitoyens.

Moi qui aurais tant aimé être toujours forte, voilà que je me réjouis soudain d’avoir eu accès à ma fragilité, qui m’a révélée à moi-même, m’a ouverte aux autres, a décuplé ma capacité à aimer et entrer en lien.

Je terminerai par quelques chiffres qui donnent chaud au cœur : sur les 25.000 actions réalisées, 38% concernent la convivialité et 25% à 50% la mobilité selon que le territoire est urbain, péri-urbain ou rural, pour l’ensemble 49% de demandes émises sur les plateforme ont été acceptées en moins d’une heure, c’est dire la vigueur de l’engagement citoyen, et 85% des demandes ont été satisfaites.

Enfin je tiens à te remercier Odile ainsi que ta super équipe pour l’organisation de cet événement, et pour la deuxième partie de soirée que je déclare ouverte. »

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