Dans le territoire du Compiégnois, le Secours Catholique a noué un partenariat avec Jaide Ici Oise (Bip Pop dans l’Oise) afin de faire de « l’aller vers », prévenir l’isolement des aînés pour accompagner la perte d’autonomie. Nous partageons notre rencontre avec Elisabeth Bernard, bénévole engagée de longue date dans l’association et responsable de l’accueil des nouveaux bénévoles au Secours Catholique de Compiègne.

En quoi les bénévoles que vous rencontrez dans le cadre de J’aide ici Oise sont différents des bénévoles que vous avez l’habitude d’accueillir au Secours Catholique ?

La question du temps, de l’engagement régulier, de la disponibilité, les gens qui sont engagés dans les activités régulières, dans l’accueil au Café Sourire, ont ce désir ou cette possibilité, les bénévoles actifs dans J’aide Ici Oise ne veulent pas ou ne peuvent pas être pris dans un système trop régulier, et ils veulent dédier leur action aux personnes âgées, faire de l’aller vers, les rencontrer chez elles, les faire sortir, ou les emmener en courses ou chez le médecin.

Pour les bénévoles, il faut se rappeler que les seniors ne sont pas des enfants, on ne décide pas pour eux. C’est eux qui choisissent la cause pour laquelle ils demandent de l’aide. La question de Jaide ici Oise c’est comment aider les gens à bien vivre l’avancée en âge. Et cette question qui porte sur l’art de vieillir revient à se poser la question de bien vivre la période de vieillesse. Aider les aînés à s’autoriser, à maintenir leur autonomie ou regagner de l’autonomie. Il y a une ambivalence, d’un côté les enfants veulent protéger leur parent et c’est louable, mais d’un autre les personnes âgées ne veulent pas que ça. Les enfants par gentillesse pensent que les parents seraient mieux en maison de retraite ou qu’il faut enlever le gaz, ou que conduire peut devenir dangereux. Mais comment faire pour ne pas blesser, car du côté de l’aîné c’est compliqué de savoir l’entendre. Il faut y penser et ne pas décider à la place des autres.

Dans J’aide Ici Oise, pour les personnes âgées il y a un côté rassurant, il y a quelqu’un vers qui se tourner pour demander un petit coup de pouce. Cela les rassure, on peut être aidé pour des actions ponctuelles, comme changer une ampoule, et éviter de rester sans lumière pendant 7 jours. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte qu’ils peuvent agir, et demander, et finalement se dire c’est vrai moi aussi j’ai des capacités je sais faire ceci ou cela.

Comment les bénévoles s’engagent ?

Ils s’engagent d’abord pour se sentir utiles, pour être alignés avec leurs valeurs, et aussi il y a une espèce d’aura vis à vis des aînés. Avant les seniors étaient pris en charge par la famille, aujourd’hui on vit loin des parents âgés, on a ce sentiment de devoir et d’obligation, on peut se sentir une peu coupable, et on veut agir à proximité de chez soi. On se dit que d’autres aideront aussi à proximité de leurs parents âgés.

En quoi l’engagement ponctuel répond à ce besoin ?

Pour les bénévoles cela permet de se sentir utile et cela permet aussi de décrypter les choses, et d’aider ponctuellement, pour changer un néon par exemple, car pourquoi d’un seul coup changer un néon c’est compliqué, la personne âgée achète le néon parce qu’elle se sent capable et finalement elle se rend compte qu’elle n’y arrive pas. Il y a un travail de rassurer les personnes âgées, « vous ne pouvez plus ce n’est pas grave »  « Vous ne pouvez plus mais on s’est rencontrés » L’échange permet de dédramatiser les renoncements. Il est important de savoir redire aux personnes âgées qu’elles savent faire des choses aujourd’hui qu’elles ne faisaient pas avant. Par exemple donner du temps pour les petits-enfants ou pour les bénévoles, alors qu’elles n’avaient pas trop de temps à l’époque où il y avait les enfants à élever et assurer une vie professionnelle.

C’est aussi partager son temps pour une activité, faire ensemble.

Et côté des personnes aidées qu’est-ce que cela leur apporte ?

On leur permet de pouvoir demander une petite chose sans forcément que ce soit une prise en charge totale. Les personnes âgées savent qu’elles sont vulnérables et ont besoin d’être soutenues pour des petites choses du quotidien. La stimulation aussi pour aller vers l’autre. C’est aussi aider à s’accepter différent. Étant âgé, on peut avoir toujours le désir intact et le fait de ne rien avoir à perdre, et s’autoriser. Un petit coup de pouce c’est facile à demander.

Pendant longtemps tu étais sénior, tu avais tous les droits, et la société était en devoir vis à vis des aînés. La société d’aujourd’hui n’accepte plus d’avoir des devoirs. Il ne faut pas juger trop hâtivement, mais aujourd’hui les gens sont différents. Il y a eu une période où la vieillesse représentait la sagesse, l’âge nous donne une réflexion plus facile avec le temps. Étant âgé, on peut avoir du recul parce qu’on n’est plus tout à fait dans le dedans. Mais ce n’est plus automatique, et les personnes âgées ont aussi des efforts à faire. Ce n’est pas parce que l’on ne sait plus faire dans l’excellence que l’on doit renoncer, et J’Aide Ici Oise permet de se sentir épaulés, de se sentir appartenir à un groupe avec des valeurs et de l’expérience.

Qu’est ce qui a motivé la réponse à cette interview ?

Je me sens engagée vis à vis de J’aide Ici Oise, c’est quelque chose qui existe et qui est important et cela démystifie le bénévolat c’est à dire qu’on peut faire du bénévolat sans avoir énormément de temps, sans avoir à sacrifier sa vie de famille.

Qu’est-ce qui motive cette forme d’engagement dans J’aide ici Oise ?

Je peux m’engager et avoir un regard sur les gens qui ne sont pas de mon milieu, de ma génération. Cela me permet de rester ouverte à la société, de me sentir encore utile et encore engagée dans la société. Cela confirme aussi mon refus d’être uniquement avec des personnes âgées.

L’aide n’est pas dans la performance mais la capacité d’écoute et l’ouverture vers l’infini de la relation, et une autre gestion du temps. On n’est plus dans la précipitation.

 

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