Cette interview a eu lieu le 24 avril 2026, Christophe Guillemot, Adjoint au social à Châlons-en-Champagne, avec le soutien de Laurent Boudin, Directeur adjoint en charge des Personnes Agées au CCAS, nous raconte l’émergence de la dynamique Chalons-entraide mise en place dans la ville.
Avant de lancer votre dynamique d’entraide, quel était le contexte sur la commune de Châlons-en-Champagne ?
Le maire a considéré très tôt la lutte contre l’isolement comme une grande cause de sa mandature, et connaissant bien Elisa Schajer, adjointe à l’époque, elle est revenue très enthousiaste de la journée Monalisa lors de laquelle vous aviez présenté Bip Pop, elle avait déjà ce même diagnostic : la population vieillit, aujourd’hui ¼ de la population de Chalons a plus de 60 ans et demain en 2030 les seniors représenteront 1/3 de la population. Le phénomène d’isolement existe ici comme partout, et elle est revenue en disant qu’il fallait mettre en place cette dynamique qui cochait beaucoup de cases pour « réveiller des solidarités naturelles » ; À Chalons, le tissu associatif est dense, nous avons un ADN associatif fort, qui a aussi des crises de vocation, mais c’est un terreau qui a permis à cette solution de démarrer ».
« Le tout était de démarrer, avec zéro bénévole et zéro bénéficiaire. Tout l’enjeu était de mobiliser des bénévoles avant les bénéficiaires, pour cela, nous avons avait fait un lancement en 2 temps, d’abord pour recruter les bénévoles et 15 jours après l’appel aux bénéficiaires. Cela nous a permis de nous assurer que les premiers bénéficiaires qui ont fait des demandes aient bien un bénévole et qu’ils puissent dire que notre système fonctionnait » ;
Quand a t’il été mis en place ?
Nous avons lancé le dispositif le 16 octobre 2023, et vous avez aidé le CCAS dans cette perspective, cela s’est fait avec William, une mise en place sans votre accompagnement n’aurait pas été possible, vous nous aviez dit à l’époque « Bip Pop sera transparent et on ne parlera que de votre dynamique Chalons-Entraide ». Le nom Chalons-Entraide a été trouvé très rapidement.
Quels étaient les besoins à satisfaire ?
Le besoin de mobilité, je l’ai vu encore ce matin, la mobilité est ici le besoin n°1 ;
La lutte contre l’isolement en n°2, et dans le groupe témoin que j’ai sollicité et qui a pour objet de co-construire avec des personnes concernées un programme d’action contre l’isolement, la question du repérage a été posée.
Comment repérer la personne qui n’ose pas dire qu’elle est isolée ?. Par exemple, les personnes qui bénéficient du portage de repas à domicile, peuvent malgré tout continuer à souffrir de solitude. Le plus difficile est de demander une visite de convivialité car cela nécessite pour la personne de se reconnaitre seule, et une fois que la mise en relation est faite, elle revient. Les petites missions prétextes sont une aide au premier pas pour recréer du lien social là où il n’y en a plus.
Le maire a considéré très tôt la lutte contre l’isolement comme une grande cause de sa mandature, et connaissant bien Elisa Schajer, adjointe à l’époque, qui est revenue très enthousiaste de la journée Monalisa lors de laquelle vous aviez présenté Bip Pop, elle avait déjà ce même diagnostic :
La population vieillit, aujourd’hui un quart de la population de Chalons a plus de 60 ans et demain, en 2030, les seniors représenteront un tiers de la population.
Le phénomène d’isolement existe ici comme partout, et Elisa est revenue en disant qu’il fallait mettre en place cette dynamique qui cochait beaucoup de cases pour « réveiller des solidarités naturelles » ; À Chalons, le tissu associatif est dense, nous avons un ADN associatif fort, qui a aussi des crises de vocation, mais c’est un terreau qui a permis à cette solution de démarrer ».
Le tout était de démarrer, avec zéro bénévole et zéro bénéficiaire. Tout l’enjeu était de mobiliser des bénévoles avant les bénéficiaires, pour cela,
Nous avons fait un lancement en 2 temps, d’abord pour recruter les bénévoles et 15 jours après l’appel aux bénéficiaires.
Cela nous a permis de nous assurer que les premiers bénéficiaires qui ont fait des demandes aient bien un bénévole et qu’ils puissent dire que notre système fonctionnait.
Qui sont les bénéficiaires principaux du dispositif ?
Nous avons inscrit 280 bénéficiaires depuis le début et nous avons 54 bénévoles. Tous les bénéficiaires ne sont pas en demande, certains font la démarche de s’inscrire par anticipation, tout comme les bénévoles dont le plus jeune a 18 ans et le plus âgé 85 ans, parfois les plus jeunes ne sont pas les plus actifs, ce sont plutôt les jeunes retraités. Un de nos premiers bénévoles était venu dans les 48h qui ont suivi le démarrage de la dynamique Chalons-entraide, car son épouse avait découvert la plaquette et il venait d’être à la retraite, et c’est aujourd’hui il est l’un des bénévoles les plus actifs ».
Comment faisiez-vous avant ?
C’était « demerden sie sich »
Chacun faisait comme il pouvait avec les voisins, il n’y avait pas de solution, nous sommes passés de rien à Chalons-Entraide. En fait, pas tout à fait car il y a eu le Covid en 2020 et la commune avait mis en place une dynamique d’entraide artisanale à l’occasion des confinements, avec un numéro de téléphone pour permettre aux personnes de demander de l’aide pour aller faire des courses, et les élus pouvaient circuler avec les pass sanitaires et faire les courses. C’était une artillerie lourde à mettre en place et c’était un vrai service rendu, les personnes étaient très redevables. Les aidants étaient les élus, aujourd’hui ce sont tous les citoyens qui aident.
Quels changements avez-vous pu constater depuis la mise en place ?
J’ai envie de dire un intérêt régulier de la population, le nombre de bénéficiaires croit de façon naturelle par le bouche-à-oreille, il y a une forme de constance dans les demandes d’accompagnement, notamment de la mobilité.
47% des missions sont des missions d’accompagnement à des rendez-vous santé. 21% pour aller faire les courses. Et ces chiffres n’ont pas vraiment bougé depuis le début.
Du côté des bénévoles nous recevons des nouveaux candidats après les campagnes de recrutement par le service communication de la ville. Dans mon groupe témoin, les gens disaient qu’il fallait faire de l’entraide ; mais ne connaissaient pas Chalons s’entraide, s’il y a une évolution c’est sur la communication, mais en même temps cela se fait naturellement. Il y aurait encore beaucoup à faire pour faire connaitre.
Et un petit bémol pour cadrer les bénéficiaires : certains bénéficiaires deviennent des accros du dispositif et partent dans le travers de cette offre « cela m’est dû, j’ai un besoin il faut que vous y répondiez », alors qu’on est bien sur une relation entre une offre et une demande, et parfois nous n’avons pas un bénévole pour chaque demande.
Nous avons 74% de taux d’acceptation par les bénévoles. 26% des demandes ne sont pas prises, pour plusieurs raisons : la première est que la demande est parfois trop courte avec peu d’anticipation, mais finalement ce n’est peut-être pas la raison car un bénévole scrute la plateforme chaque matin et prend les demandes non prises. Peut-être la raison est cette dame qui fait 3 demandes par semaine, avec 1 ou 2 missions sont acceptées chaque semaine au lieu de 3, et le taux de réussite chute.
En quoi avez-vous pu aider à prévenir l’isolement ?
Nous apportons du lien social aux personnes empêchées, via des visites de convivialité et des promenades qui représentent 25% des demandes, et elles sont acceptées à 100%, c’est le must en termes de prévention de l’isolement.
Il faut aussi penser au temps d’échange lors de l’appel téléphonique, parfois les conversations durent un peu de temps, les personnes se livrent aux agents du CCAS qui en profitent pour échanger, c’est au-delà du service à rendre, mais cet appel téléphonique contribue aussi à la lutte contre l’isolement, tout commence par ce premier contact téléphonique.
Les visites de convivialité et les promenades sont acceptées à 100%, c’est le must en termes de prévention de l’isolement.
Le vrai indicateur qu’il faut avoir en tête c’est le taux d’acceptation des missions, c’est lui qui nous permet de voir si nous répondons à la demande : des bénévoles qui veulent donner du temps humain, et des bénéficiaires qui sont en demande, c’est l’indicateur le plus important !
Et nous apportons aussi l’aide à la mobilité puisque les trois quarts des demandes expriment ce besoin. Ce qui serait intéressant sur les 25% de demandes non acceptées, est de savoir si elles sont liées à la mobilité ou à la convivialité. Pour un bon nombre de bénéficiaires, l’appel téléphonique initial au CCAS peut parfois s’apparenter à un appel de convivialité. Et nous ne les rentrons pas en tant que te, nous le pourrions.
Comment recrutez-vous vos bénévoles ?
Principalement les réseaux sociaux, les magazines de la ville, la capsule vidéo sur le dispositif, la presse municipale ou locale avec des appels à bénévolat, c’est là que l’on suscite des vocations. Le citoyen qui a envie de s’engager remplit le formulaire de contact via Chalons-entraide et le CCAS en est averti. Nous lui proposons un rendez-vous au CCAS. Nous traitons ces inscriptions à J+1 par mail ou appel téléphonique, nous leur présentons le dispositif, leur faisons signer une charte et nous les recevons soit Muriel seule, soit à deux au CCAS, nous leur demandons leur pièce d’identité, une assurance responsabilité civile, l’assurance auto et le permis de conduire si la personne est sujette à faire des accompagnements puis elle indique son droit à l’image sachant que nous ne faisons jamais de photo à l’insu de la volonté du bénévole. Puis la charte est signée par l’élu et transmise au bénévole. Ensuite le CCAS active le compte du bénévole qui peut alors accepter sa première mission.
Quels profils de bénévoles sont les plus impliqués ? (Jeunes, actifs, retraités…)
Les jeunes retraités principalement, les jeunes sont moins réactifs même s’ils se sont inscrits en tant que bénévoles.
Le jeune retraité est presque le cœur de cible !
Pouvez-vous décrire le parcours type d’une personne qui utilise le dispositif ?
La personne bénéficiaire peut appeler la ligne téléphonique dédiée au CCAS tous les matins de la semaine 5j/7. À 99% les demandes passent par ce canal, nous l’inscrivons, nom prénom et date de naissance, quelques questions, pas de considération de GIR ou APA, c’est simple et rapide, nous expliquons que si elle a besoin il suffit qu’elle appelle.
Et quand il y a une demande, le CCAS jauge l’urgence de la demande. Pour publier une demande, plus nous mettons de délai plus nous avons de chance qu’un bénévole soit disponible. Ensuite nous raccrochons et nous expliquons à la personne bénéficiaire que si un bénévole accepte la demande, il appelle directement et ensemble ils s’organisent.
Comment les bénéficiaires vous partagent-ils leur satisfaction ?
Je travaille dans la communication, et je sais que quand il n’y pas de réaction c’est que cela va bien !
Si les gens s’expriment c’est pour râler. Nous savons que parfois certains bénéficiaires offrent des boites de chocolats directement aux bénévoles, c’est ainsi qu’ils expriment leur satisfaction, directement, mais peu de feedback par téléphone auprès du CCAS.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres élus souhaitant mettre en place un dispositif similaire ?
Pour moi, il y en a 3 :
- le 1er conseil : Rappeler que la plateforme est un moyen de dynamiser un territoire et dans les 2 sens c’est rendre service aux citoyens, pour les bénéficiaires et les bénévoles. Pouvoir donner du temps, à temps choisi sans s’engager dans une association, quand j’ai envie et quand je décide de le faire, c’est important, et pour les bénéficiaires, le service apporté c’est d’être aidés.
- Le 2ème. La mise en œuvre de la dynamique est facilitée, la collaboration avec vous est juste légitime et de qualité.
- Et en dernier point : ne jamais sous-estimer le temps agent du côté de la collectivité pour assurer le lien téléphonique et la coordination au niveau de la collectivité. Ce n’est pas une dépense c’est un investissement !

En savoir plus sur la dynamique Chalons’Entraide sur le journal de la ville page 19.