Eloïse Duret, directrice du CCAS de Publier, accompagnée de son équipe, Élodie Colliard et Stéphanie Moille, nous raconte l’émergence de la dynamique d’entraide Entraide-Publier mise en place sur la commune.

Avant de lancer votre dynamique d’entraide, quel était le contexte sur la commune de Publier ?

Dès 2020, après les élections municipales et avec le changement de l’adjointe élue au social, cette idée lui a parlé tout de suite, car ayant une expérience de l’isolement avec son père dans un village très isolé en Haute-Savoie, l’idée d’une visite même juste pour venir boire un café était une réponse au besoin.

Cela a accéléré la mise en place, et de plus, sur la commune, les agents observaient des situations de plus en plus nombreuses et de plus en plus compliquées avec les aînés.

Au CCAS de Publier cela fait très longtemps qu’on réfléchissait à mettre en place un réseau d’entraide mais on ne savait pas comment.

Nous avions essayé des jeunes en Service Civique en 2023-2024, deux jeunes filles dont la mission était de réaliser des visites de convivialité avec lecture et jeux, nous nous sommes rendu compte que cela plaisait vraiment, elles nous ont permis de constater le besoin. L’année suivante, nous n’avons pas recruté de profils intéressants, et les Services Civiques demandent par ailleurs un encadrement important.

J’ai alors cherché des solutions, identifié des communes qui avaient mis en place une dynamique d’entraide, j’ai pu joindre une personne d’une commune qui utilise le dispositif Bip Pop, et je vous ai ensuite contactés.

Ce qui nous a motivés à mettre en place ce dispositif d’entraide ponctuelle, c’est le besoin de plus en plus important de lien social.

En parallèle depuis 2020, nous avons la volonté politique d’encourager les liens sociaux dans la commune, nous avons réussi à mobiliser beaucoup plus de seniors qu’avant, ils sont informés et ils participent aux activités collectives, aux ateliers de prévention, aux différentes actions pour bien vieillir, aux activités physiques adaptées, aux activités de convivialité comme les excursions, les repas.

Quand avez-vous mis en place votre dynamique d’entraide ? 

Il y a près d’un an en janvier 2025, nous avons commencé à être accompagnés et l’ouverture d’Entraide-Publier a eu lieu en juin 2025. En avril 2025, nous avions organisé les rencontres avec les partenaires, bailleurs SSAD, SSIAD, pôle gérontologique et médicosocial du département, les clubs des aînés, et recruté les premiers bénévoles.

Les premiers besoins constatés concernaient la convivialité, des besoins de visites de convivialité, des balades, des discussions autour d’un café.

Et ensuite, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un énorme besoin sur l’accompagnement aux rendez vous, surtout les rendez-vous médicaux. Et ensuite, ponctuellement des demandes pour des petits travaux.

Aujourd’hui les bénéficiaires principaux du dispositif  sont les personnes de 60 ans et plus ou les personnes en situation de handicap qui sont concernées par le dispositif. Nous avons un conseil d’administration la semaine prochaine et nous avons mis à l’ordre du jour d’ouvrir à toute la population, et on fait parler de nous, j’ai été sollicitée pour intervenir en commission intercommunale.

Monsieur le Maire Jacques Grandchamp, réélu maire et président du CCAS en mars 2026, et son adjointe à l’action sociale Marie-Elisabeth Camus-Cadot, vice-présidente du CCAS, portent et impulsent ces orientations politiques, qui guident l’action sociale menée par le CCAS au service des habitants.

Comment faisiez-vous avant ?

J’avais tenté de mettre en lien des personnes mais c’était compliqué et très chronophage, cela n’avait pas fonctionné et d’ailleurs, nous ne recevions pas ce type de demandes.

Ces dernières années, le CCAS a beaucoup évolué, les situations d’isolement sont de plus en plus importantes et les personnes isolées qui sont juste accompagnées par des aides à domicile sont en difficulté, l’aide a domicile est aussi un secteur en souffrance et s’est beaucoup détérioré au niveau national, et en plus chez nous, la proximité de la Suisse fait que ce secteur a de grandes difficultés à recruter.

« Avant, on faisait pas, on ne mettait pas en lien, on n’avait pas ce type de demande ».

Quels changements avez-vous pu constater depuis la mise en place ?

Il y a des liens qui se sont créées entre bénévoles et personnes aidées avec des habitudes, des rencontres régulières et des échanges spontanés entre personnes qui ne se connaissaient pas, des bénévoles sont pleinement investis. Nous aimerions recruter plus de personnes et des choses vont être mises en place. Nous préparons notre rencontre à la plage entre bénévoles et bénéficiaires tous ensemble, avec une après-midi de jeux pour faciliter le contact entre les personnes.

En quoi avez-vous pu aider à prévenir l’isolement, à la mobilité des personnes empêchées ?

En créant du lien, avec des personnes qui à la base avaient envie de faire ce pas-là mais ne savaient pas comment le faire, et le dispositif sécurisé facilite le pas qu’elles n’osaient pas faire avant. Et cela concerne autant les bénévoles que les personnes aidées. On aide pour les rendez-vous santé, pour les sorties musées, les spectacles et les balades.

On avait des personnes qui, à la base, avaient envie de faire ce pas-là mais ne savaient pas comment le faire.

Comment recrutez-vous vos bénévoles ?

Nous les recevons en entretien physique toutes les 3, nous sommes une petite equipe et chaque personne peut répondre à tout moment. Nous la recevons, nous faisons connaissance, elle explique ses motivations et son parcours et si tout se passe bien nous lui présentons la charte qu’elle signe à l’issue de l’entretien si elle est d’accord. Puis nous l’accompagnons pour mettre en place l’application sur son téléphone et vérifier qu’elle arrive à se connecter. Les personnes sont rassurées si elles savent qu’on installe l’application ensemble.

Quels profils de bénévoles sont les plus impliqués ? (Jeunes, actifs, retraités…)

Nous avons des personnes retraitées dynamiques et actives, nous avons aussi des personnes qui travaillent et qui sont moins disponibles . La majorité des bénévoles actifs ont entre 60 et 69 ans.

Pouvez-vous décrire le parcours type d’une personne qui utilise le dispositif ?

Nous avons une base de données déjà importante de personnes âgées, pour la constituer des stagiaires sont venues et ont appelé les aînés, la majorité a connu le dispositif ainsi. Les enfants appellent aussi pour leurs parents, avec parfois des enfants qui veulent mais pas les parents, quand cela part de la personne directement c’est facile et rapide.

Comment les bénéficiaires vous partagent-ils leur satisfaction ?

C’est par l’échange téléphonique, pour beaucoup. Nous n’avons pas d’échange de mail, les personnes nous remercient directement par téléphone, je pense notamment à une personne qui nous remercie chaque fois d’avoir pensé à un service comme celui d’Entraide-Publier qui lui change la vie, elle sait qu’elle peut compter sur entraide, c’est très rassurant.

Et nous avons aussi le revers de la médaille avec 2 ou 3 personnes qui sont très exigeantes et qui, si elles n’ont pas de réponse tout de suite à leur besoin, ne sont pas contentes, et nous appellent pour l’exprimer.

Quelles sont les typologies d’actions les plus demandées ?

Principalement les visites de convivialité, les accompagnements aux rendez-vous santé, et les petits services du quotidien.

Quels conseils donneriez-vous à des élus souhaitant mettre en place un dispositif similaire ?

Eloïse Duret et son équipe nous partage ses conseils.

C’est un projet qui se prépare bien en amont, on pourrait penser que c’est facile de monter un réseau de bénévoles qui rencontrent des bénéficiaires, or il faut être patient car le réseau peut être long à se mettre en place, il faut donc en avoir aussi du temps.

L’accompagnement que vous faites nous a beaucoup aidés.

Il faut aussi avoir une personne référente pour coordonner le service, il ne faut pas se dire que c’est un projet qui se fait tout seul une fois qu’il est en place.

Il faut prévoir, selon la taille de la commune, une demi-journée chaque semaine ou tous les 15 jours pour entretenir le lien avec les personnes aidées, les appeler.

Lorsque cela fait 15 jours que nous n’avons pas de nouvelles, nous appelons pour prendre des nouvelles. Et nous allons mettre en place des visites à domicile de notre équipe, pour nous déplacer au domicile des personnes que nous ne connaissons pas pour faciliter la première demande. Stéphanie a déjà accompagné son collègue qui livre les repas à domicile. Elle va le refaire chaque année.

Nous avons rencontré les acteurs locaux, puis lancé une communication pour mobiliser les bénévoles, l’accompagnement a été très structurant et a permis d’avancer étape par étape et de ne pas perdre de temps.

Nous diffusons l’interview d’Agnès, bénévole au sein d’Entraide-Publier, capsule vidéo accessible ici 

   

En savoir plus : lire l’article de la commune « Entr’AIDE Publier, un service riche de sens » 

Lire l’article sur le site Calaméo de la commune

 

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