Josiane Seigneur a réussi à tisser un réseau local d’entraide en faveur de l’autonomie des aînés.
Après 4 ans d’expérience dans la coordination de ce réseau de bénévoles, mains-dorees, Chasselay renforce son engagement pour ses aînés en mettant l’accent sur deux besoins essentiels : le lien social et la mobilité, et ouvre aux autres communes de l’intercommunalité.
Avec 45 bénévoles et 70 personnes aidées, ces actions s’ajoutent à de nombreuses autres thématiques investies depuis plusieurs années par la commune. Josiane Seigneur répond à nos questions ci-dessous:
Mains dorées, en quelques mots, qu’est-ce que c’est ?
Mains dorées, c’est une aide qu’on porte aux personnes, aux seniors, en manque d’aide, de mobilité, pour les accompagner en course, les aider à aller chez le coiffeur, à faire diverses actions qu’ils ne peuvent plus faire.
Comment vous avez mis en place ce dispositif ?
J’ai mis en place ce dispositif il y a deux ans et demi déjà, au mois de juin 2022, avec l’aide de l’équipe Bip Pop. On a travaillé pour mettre en place ce dispositif, on a fait le paramétrage pour personnaliser les outils informatiques.
Et puis nous avons sollicité des bénévoles pour pouvoir mener les actions que nous avions ciblées auparavant.
Comment faisiez-vous avant ?
Avant, c’est moi qui assumais toutes ces missions. Et c’est vrai qu’à un moment donné, je n’avais plus de temps, je n’avais plus de vie à moi. Donc quand j’ai eu l’occasion de rencontrer l’équipe à la communauté de communes, évidemment la proposition m’a vraiment interpellée et je me suis mis en relation pour mettre en place Bip Pop.
Combien de bénévoles avez-vous aujourd’hui ?
Aujourd’hui, j’ai recruté 42 bénévoles. J’en ai encore recruté un la semaine dernière et j’en recrute encore un demain. Donc nous arrivons presque à 44-45 bénévoles. Je ne refuse personne, bien que j’ai un entretien avec chacun qui dure à peu près une heure, une heure et demie, parce que je ne recrute pas non plus n’importe qui. Et à l’issue de cet entretien, si le bénévole, je le sens bien, à l’aise et en qui je peux avoir confiance, je le recrute parce qu’il ne faut pas oublier que je suis responsable de ces personnes, puisqu’elles vont rencontrer tous les seniors du village dont certains sont vraiment incapables de se défendre. Donc il faut que j’ai entièrement confiance dans le bénévole.
Comment avez-vous impliqué les aînés dans la formulation des offres de mission ?
Les offres de mission, en fait, comme j’avais déjà un vécu de presque un an, j’avais déjà un ordre d’idée des missions que les personnes allaient me demander. Donc du coup, je n’ai fait que reprendre toutes les missions que j’avais fait durant toute l’année, toute seule.
Est-ce que la rencontre avec des bénévoles ou des personnes aidées vous ont permis de construire de nouvelles offres ou de nouveaux types de missions ?
Oui, tout à fait. Par exemple, je n’avais pas pensé à tourner un matelas, parce qu’on n’y pense pas à nos âges parce qu’on n’a pas de problème particulier à transporter des pots de fleurs, à enlever un volet, à enlever une bouteille de gaz, enfin des petits trucs comme ça auxquels moi je ne pensais pas. Et c’est vrai que j’ai réadapté au fil de l’eau.
Concernant la mobilité, quels sont les types d’actions, de missions de mobilité que vous proposez sur la commune ?
On a acheté il y a cinq ans une voiture électrique et à l’époque, elle était sponsorisée par les artisans du village. Bon, maintenant, on a dû l’acheter parce que ça ne se fait plus. Et donc, ce qu’on propose, c’est tout gratuit. Donc, on va chercher les personnes à leur domicile, pour aller chez le coiffeur, les emmener à l’hôpital, dans les cliniques, chez les dentistes, les médecins, pour des sonotones, pour faire les courses.
Qui conduit la Kangoo ?
Ce sont tous les bénévoles qui ont le permis, et qui ont été reçus par moi. Ils vont chercher la personne à leur domicile, ils la transportent, même si on va faire les courses, on fait les courses avec les personnes. On arrive, on décharge les courses et puis, tout est gratuit. Les personnes sont très demandeuses de ce service.
Avant d’avoir le système Mains-dorées, vous aviez le véhicule et c’est vous, élue et personne des services de la mairie qui l’utilisiez ? Comment ça se passait ?
Non, alors, on avait deux ou trois bénévoles, mais des personnes déjà qui étaient d’un certain âge et qui, au fil de l’eau, se sont étiolées. Et donc, du coup, on s’est retrouvés sans plus personne pour conduire la Kangoo. Et c’est pour ça que je l’ai reprise dans Mains Dorées. Maintenant, actuellement, j’ai à peu près 15 personnes qui peuvent conduire la Kangoo.
Et vous aviez mis en place le dispositif, en quelle année ?
Il y a six ans, donc, ce doit être avant le Covid, en 2018 à peu près, et Mains-dorées, il y a deux ans et demi.
Combien de bénéficiaires ?
Alors, les bénéficiaires, on en a à peu près 70. Parce que, si vous voulez, c’est assez bizarre, mais c’est assez ainsi, des fois, par exemple, on va avoir un bénéficiaire pendant, je vais dire, cinq, six mois, et après, la personne va mieux, donc, on la perd, on va la retrouver après.
On a aussi des bénéficiaires jeunes. Récemment, on a eu une personne qui vivait seule, qui est tombée, elle s’est cassé l’épaule et ne pouvait plus conduire. Elle avait besoin qu’on l’aide à faire des courses. Donc, elle rentre aussi dans le dispositif. A Chasselay, ce n’est pas spécifique aux seniors.
La mobilité représente quel pourcentage de l’ensemble des actions ?
Je vais dire qu’elle représente plus de 80 %. La première année, je crois que j’étais montée du mois de juin, En six mois, j’avais dû monter à peu près à 100 actions. Mais, en fait, on fait beaucoup de visites aussi de convivialité, parce qu’on a beaucoup de seniors qui sont seuls, qui ne marchent pas beaucoup. Et c’est vrai, moi, ça m’émeut toujours. Parce que, quand je vais les voir et qu’on fait des jeux, on joue au scrabble ou on fait de la lecture, on voit qu’ils revivent.
Et aujourd’hui, au moment où je vous parle, ils ne pourraient plus se passer de Mains Dorées.
C’est une de vos grandes fiertés ?
Oui, tout à fait.
Et puis, par exemple, je promène aussi, on promène, une fois tous les 15 jours, une dame avec sa chaise roulante.
Vous savez que j’en ai la chair de poule, parce que cette dame n’avait vu personne depuis plus de trois ans. Elle était, quand on a commencé avec main dorée, c’était vraiment un bol d’air. Elle discutait avec les gens dans la rue. Je savais que c’était très, très, très émouvant.
Et puis, on se sent utile pour nos seniors. Aujourd’hui, je n’ai pas regardé, mais il n’y a pas très longtemps, on n’était pas loin de 400 actions. On est 2.800 habitants et on a à peu près 80 personnes. Mais après, on a beaucoup de seniors qui ont tellement pris l’habitude qu’ils ne peuvent absolument plus se passer. Donc, il faut qu’on y aille régulièrement, une fois ou deux fois par semaine.
Parce que soit on va les promener, soit on va faire des courses avec eux, soit on va faire de la lecture. Ça devient presque des amis, mais non plus de la famille. Je ne sais pas comment trouver le mot. En fait, ils ne peuvent plus se passer de nous.
Ce qui est bien dans Mains Dorées, je trouve, par rapport à ce que je faisais toute seule, c’est qu’ils ne s’habituaient qu’à moi. Et tandis que là, ils ne voient jamais la même personne, du coup, c’est pour le lien convivial, pour discuter, pour les échanges, je trouve que c’est bien mieux. On n’a pas toujours les mêmes échanges avec les mêmes personnes. Ça donne aussi, je dirais, du sens pour les personnes qui sont bénévoles aujourd’hui, qui cherchent à recréer ce lien également.
Pour les aînés, ce que je peux dire, c’est que déjà, ça les rassure. Ils savent que s’ils appellent, ils vont avoir quelqu’un. Ils savent que tant qu’il y aura ce service, ça les préserve de l’EHPAD. Parce que du coup, il y a quand même d’autres services qui interviennent. Il y a l’ADMR, il y a les soins dont ces personnes ont besoin.
Mais malgré tout, le fait de savoir qu’ils ont quelqu’un pour aller faire des courses, qu’ils ont quelqu’un qui vient les voir, ils savent que s’ils téléphonent, quelqu’un va venir. Et bien rien que ça, ils sont hyper rassurés, c’est très important.
C’est une belle dynamique. Vous pourriez revenir à la situation d’avant ?
Alors, je vais vous dire tout de suite, là, vous savez, les élections se profilent. Donc, ils sont tous déjà en train de me dire « Madame Seigneur, vous allez renouveler parce qu’on a besoin de vous ». C’est émouvant. Je pense que ça serait difficile pour eux. De sentir ce service, de se sentir rassurés, de savoir que s’ils vont téléphoner, ils vont avoir quelqu’un.
Ils téléphonent à la mairie ?
Tout à fait. Et ensuite, la personne de la mairie saisit sur l’outil de territoire la demande.
Comment ça se passe pour les bénévoles ?
Alors, nous, on a tous l’application Mains Dorées sur notre téléphone. Donc, on reçoit quand il y a une demande. La demande est notée, une course ou aller chez le médecin et tout. Donc, on regarde sur notre téléphone tout de suite la demande. Et ensuite, la personne qui est disponible qui va accepter la première, qui va accepter la mission, s’engage à faire la mission.
Après, la demande de mission va s’effacer et les autres savent que la mission est prise. Donc, c’est très simple comme utilisation.
Et vous, ça vous permet de voir que la mission a bien été réalisée ?
Exactement. Donc, moi, par contre, comme je suis référente de ce service, je regarde régulièrement s’il n’y a pas des demandes qui restent en attente. Et si forcément, il y a des demandes qui sont en attente et que je suis sur place et que je peux les faire, forcément que je les fais.
En règle générale, on ne laisse jamais quelqu’un sans un compagnon. Oui. On s’arrange pour faire la mission.
Avez-vous des nouvelles missions de mobilité que vous n’aviez pas imaginées au démarrage du dispositif ?
Non, parce que, comme je vous dis, du fait que j’avais déjà fait ça pendant un an, j’avais déjà bien ciblé les demandes. Après, il y a des demandes qu’on ne fait pas. Par exemple, il y a des personnes qui nous demandent d’aller dans le 6e arrondissement de Lyon pour voir un chirurgien ou quelque chose. Alors là, on ne le fait pas. Déjà, pour se garer, c’est très compliqué. Et puis, c’est la première chose. Et puis, la deuxième chose, quand on a des personnes qui sont physiquement, comment dire, très fatiguées. Donc là, il y a 15 jours, on a une personne qui nous a sollicité. Mais bon, malheureusement, on n’a pas pu l’accompagner.
Mais moi, en tant qu’élue, j’ai fait le nécessaire pour qu’elle ait un VSL, pour qu’ils puissent l’accompagner à l’hôpital. Parce que c’est vrai que, bon, transporter une personne avec des vertèbres cassées un corset dans la Kangoo, c’est vraiment très compliqué pour le bénévole. Parce qu’il faut savoir aussi que les bénévoles, ce ne sont pas des soignants. Donc, ils ne peuvent pas non plus faire attention à comment il faut manipuler la personne. Donc, il y a des missions, je dirais que depuis qu’on a mis en place, je vais dire que j’ai dû refuser deux, trois missions. Mais c’est tout. Mais vraiment, parce que ce n’était pas possible autrement.